
Depuis sa libération tôt le mercredi 8 février, Jacquemain Shabani, secrétaire général de l'Udps (Union pour la démocratie et le progrès social) n'a toujours pas récupéré son passeport, confisqué pendant son « interpellation ». Il se trouve donc toujours à Kinshasa. Ce qui inquiète le plus, c'est sa santé. Contrairement à la version officielle qui affirme « que Jacquemain Shabani n'a pas été torturé pendant sa détention », dans la nuit de mardi à mercredi, les faits tendent à prouver le contraire.
Dans la nuit du 10 au 11 février, le Secrétaire général de l'UDPS s'est en effet plaint de violentes douleurs crâniennes. Une personne proche du dossier affirme d'ailleurs que Shabani « n'a pas dormi cette nuit (dans la nuit de vendredi à samedi 11 février, ndlr). Son état s'empire. Ce matin, il a été conduit dans un hôpital de la place. Après les tortures qu'il a subit, il doit aller se faire soigner. Il ne peut pas le faire ici à Kinshasa, parce que visiblement, la politique contrôle tout. Il doit aller à l'étranger. Comment le faire alors que son passeport est toujours entre les mains des autorités sur place ». Après sa libération et la visite médicale, son médecin traitant lui avait recommandé de passer un scanner pour en savoir plus sur son état de santé, vu les douleurs dont il se plaignait.
Une source proche de l'Udps, le parti d'Etienne Tshisekedi, déclare que « Jacquemain Shabani a été torturé, traité comme un vulgaire bandit. Il a été déshabillé, tabassé, étouffé avec sa tête plongée dans l'eau,décrit-elle. Même s'il a été trouvé avec une arme, cela peut-il justifier la torture dont il a été victime ? » demande-t-elle. Un proche de Jacquemain Shabani dit avoir été alerté sur l'état de santé du Secrétaire générale de l'Udps ce samedi vers 2h du matin. « Il va mal. Il avait du mal à bouger ».
Atteinte à la sécurité de l'Etat
Malgré son état de santé précaire, Jacquemain Shabani n'est pas pour autant sorti d'affaire. Le Directeur général de la police des frontières/DGM a livré sa version des faits sur un autre document trouvé dans les bagages du Secrétaire général de l'Udps. Le « Rapport sur le processus électoral. Démonstration de la fraude électorale et de la victoire du président Etienne Tshisekedi wa Mulumba à la présidentielle du 28 novembre 2011 ».
Pour Jacques Ikwa, Directeur général de la police des frontières, « On ne peut pas accepter de retrouver dans les bagages des documents de nature à porter atteinte à la sécurité de l'Etat, de nature à discréditer l'Etat à l'extérieur. » Dans ce document volumineux, on peut voir des photos des bulletins de vote à même le sol, des corps ensanglantés au sol (visiblement sans vie), un corps nu, jambes écartées avec des écoulements sur un tissu, des bureaux désordonnés, etc. Ce document, selon Jacques Ikwa, porterait « atteinte à la sécurité de l'Etat Congolais ».
Si atteinte à la sécurité il y a, sur quoi est-elle basée ? « L'intitulé du document trouvé dans les bagages de Jacquemain Shabani prouve qu'il s'agit bien d'un document qui traite des dernières élections. Et il contient les preuve du hold-up électoral que connait la RDC », glisse une autre source. Si les informations contenues dans ce document sont fausses, pourquoi ne pas présenter la version officielle avec les preuves qui vont avec, et contredire ainsi la version contenue dans ce document, qui a, par ailleurs, également été confisqué ? Si l'Udps présente dans ce rapport la démonstration de la fraude, avec des éléments de preuves, il serait concevable qu'une autre démonstration puisse être présentée.
Passeport comme prétexte
Le Secrétaire général de l'Udps a été empêché d'embarquer à bord de son avion. Même si une version tente d'expliquer « qu'il a été débarqué du vol à destination de l'Allemagne après fouille ». Une nouveauté tout de même. Jacquemain Shabani a été débarqué avant même qu'il ne puisse embarquer. Parce que selon la version de Jacques Ikwa, Directeur général de la police des frontières/ DGM, c'est au niveau de la fouille que le Secrétaire général de l'Udps a été empêché de prendre son avion. Le passeport d'un tiers a été retrouvé sur lui. La République démocratique du Congo a changé depuis un moment ses passeports. Certains gardent encore leurs vieux passeports, même ceux qui ne sont plus utilisés. « Est-ce une raison d'empêcher quelqu'un de prendre son avion ? Moi je me promène avec les papiers de mes frères et de ma mère. Si l'on me surprend avec, c'est une infraction en RDC », se désole une source. « C'est juste un prétexte. Ils lui cherchent des poux dans la tête. Ils ont mis d'autres documents compromettants dans son ordinateur portable pour trouver le moyen de bien le charger et le coincer. C'est triste. », lâche dépité un cadre de l'Udps.
Jacques Matand'
