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5 Février
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Sénégal, campagne présidentielle : Le premier meeting de l'opposition.

 

 

« Le vieux est mort, il faut l'enterrer », crachent les haut-parleurs des partis politiques réunis hier place de l'Obélisque, esplanade devenue le lieu symbole de la contestation contre la participation du chef de l'Etat sortant au scrutin.


Le Sénégal est en colère. Mais il y a ceux qui ont le temps de le crier, et ceux qui n'ont même pas le temps de lever la tête. Fatigué de sa vie de galère, le petit peuple de Dakar n'avait pas fait le déplacement hier. Place de l'Obélisque, il y avait surtout des militants, venus avec slogans et pancartes.






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« Abdoulaye Wade, le mange-morts national », dénonce celle de Cheikh Backé, étudiant en Histoire. « Abdoulaye Wade, le vampire des étudiants », renchérit celle de son camarade, Ibrahim Gome. Autour d'eux, quelque 5.000 personnes acquiescent tranquillement lorsque les sonos lancent le rap du mouvement « Y'en a marre », « Abdoulaye, faut pas forcer ! »

 

 

Tous ici veulent son départ. Tout juste descendus de leurs 4x4, lunettes de soleil, costumes trois-pièces, les candidats à la magistrature suprême se succèdent à la tribune pour mesurer leurs argumentaires anti-Wade. Dans l'assistance, le journaliste Abdelatif Coulibaly, premier à avoir dénoncé les dérives affairistes des proches d'Abdoulaye Wade, considère sobrement qu'« il est plus que temps que les choses bougent dans ce pays ».


Bougeront-elles ? Hier, le « mega-meeting » a peu mobilisé, au-delà des militants des différents candidats. « Les Sénégalais sont trop occupés à assurer leur survie », reconnaît l'opposant Malick Noël Seck.

« J'aurais bien voté, mais j'ai perdu ma carte », confie d'ailleurs ce chauffeur de taxi, qui partage sa voiture avec un collègue. A l'un les journées, l'autre les nuits. « Ma politique à moi, c'est de ramener de l'argent tous les jours, à la maison », confie-t-il. Hier, l'opposition sénégalaise a réussi le symbole, pas la mobilisation.

  

Sur l'estrade, le décor est planté: " Pas d'élection présidentielle au Sénégal avec Wade ", proclame une large banderole signée du Mouvement du 23 juin (M23), qui regroupe opposants et représentants de la société civile.


En majorité des jeunes, les militants s'agglutinent autour d'un périmètre de sécurité, délimité par des barrières de métal et à l'intérieur duquel se rassemblent les candidats et leur entourage au fur et à mesure de leur arrivée à bord de gros 4X4.


La mobilisation est manifestement moindre que mardi dernier sur cette même place, où une manifestation du M23 a été dispersée à coups de lacrymogène par la police. " Avec l'anniversaire de la naissance du prophète, les départs en province pour ce week-end férié, nous savions que nous ne ferions pas le plein ", concède Cheikh Tidiane Dieye, l'un des leaders du M23.


" Mais nous voulions être présents pour ce premier jour de campagne et diffuser notre message d'unité ", explique-t-il.


Les gros bras du service d'ordre sont partout pour éviter les débordements. La police, stationnée à environ 500 mètres en bord d'avenue, reste très discrète.

Le charismatique Alioune Tine, figure de la société civile et leader du M23, est le grand ordonnateur de ce " méga-meeting ", où chacun déverse son hostilité au président sortant.


" A cet âge on prend sa retraite et on va demander pardon au bon Dieu ", crie une femme en boubou orange. " Non à la Wadynastie ", dénonce une pancarte, en référence au fils du président, qui cumule les portefeuilles ministériels dans le gouvernement de son père.


" Macky Sall président ! ", " Debout pour le Sénégal, avec Idrissa Seck ", " Niasse 2012 ! ": sur une pancarte, un tee-shirt ou un autocollant, chacun affiche les couleurs de son champion. Dans la foule, on se regroupe par chapelle, reprenant en coeur les slogans des candidats.


Ils sont tous là, ces huit candidats, qui la veille se sont formellement engagés à " rester unis " à l'approche du scrutin jusqu'à obtenir le retrait de la candidature honnie.

Il y a notamment les poids lourds Moustapha Niasse, Macky Sall, Idrissa Seck --tous trois d'anciens Premier ministre de Wade--, et Ousmane Tanor Dieng.


En un festival de lunettes noires, gants de cuir, vestes camouflées ou mines patibulaires, les mastards de la sécurité jouent des coudes au pied de l'estrade où se rassemblent les officiels.

Sous les applaudissements, chaque candidat prend tour à tour la parole, essentiellement en langue locale Wolof.


" Nous irons jusqu'au bout, jusqu'à ce que Wade retire sa candidature, Wade doit partir ! ", tonne Tanor Dieng. " Le combat ne saurait se limiter à la place de l'Obélisque, étendons le à tout le Sénégal ! ", enchaîne Macky Sall.

Un mouvement dans la foule, arrive la star de la chanson et candidat Youssou Ndour. En bon professionnel du spectacle, le retardataire chauffe l'assistance comme il anime ses concerts: " prenez vos responsabilités ", répète-t-il encore.


Derrière l'unité affichée, le meeting est aussi l'occasion pour chaque candidat de faire une démonstration de force devant ses rivaux. A ce petit jeu, Idrissa Seck est sans aucun doute le premier, avec les fanions oranges qui s'agitent en tous sens sur son passage.


Les discours à peine terminés, le meeting se disperse sans aucun incident. Prochain rendez-vous dès lundi pour le M23, avec un meeting à Rufisque, dans la banlieue de Dakar.




 

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