Il y a plus d'un an, Fillon et Juppé devisaient ensemble de la chute de popularité de Sarkozy. Fillon pensait cependant que cela ne lui laissait pas beaucoup de chances de présenter sa candidature. « A moins que sa chute soit extrêmement rude, car Sarkozy est tellement orgueilleux qu'il n'acceptera pas de perdre « .
Ce à quoi Juppé répondit « François, tu n'y es pas du tout. Nicolas est tellement orgueilleux qu'il n'envisage même pas qu'il puisse perdre « .
L'élection présidentielle, par ailleurs fort compliquée, implique aussi une arithmétique simple : il faut rassembler toutes les voix de son camp. Il fallait donc séduire ce grand notable du chiraquisme et ce d' autant plus que Sarkozy a humilié, écarté ou détruit toute une série de Ministres. Il n'a pratiquement plus de grosses pointures à son service.

Juppé à Kano, au Nigeria.
Dans un mélange d'admiration et de volonté de le rabaisser, Nicolas Sarkozy a longtemps moqué « le grand Alain Juppé ». Une manière de rappeler que Chirac qualifiait Juppé ( et non Sarkozy ) de « meilleur d'entre nous .
C'est pourtant lui que le Président a envoyé au charbon jeudi soir, face à François Hollande. Juppé a contribué de manière décisive à la victoire de Jacques Chirac en 1995, puis en 2002. Alors, quand les vents sont mauvais, c'est comme un réflexe, on se tourne vers ce grand fauve expérimenté de la droite française...
Le chef de l'Etat doit s'en mordre les doigts. Passée une entrée en matière qui laissait augurer que son ministre des Affaires étrangères n'avait rien perdu de sa superbe, il s'est très vite éteint, faisant preuve d'un manque de combativité relevant quasiment de la « faute professionnelle ».
Hollande a pourtant eu la courtoisie de ne pas l'attaquer sur la personnalité du président de la République ou sur le bouclier fiscal considéré comme une « erreur » par le maire de Bordeaux.
Juppé n'a jamais été convaincu par le sarkozysme. Homme d'Etat et serviteur de la France, il est certes là où il est par goût du pouvoir, mais aussi pour permettre au pays « de tenir son rang» ( à travers lui, bien sûr...) sur la scène internationale.
En août 2010, pressé par Sarkozy d'entrer au gouvernement, mais ne croyant déjà guère dans les chances de ce dernier d'être réélu, l'ancien Premier ministre de Chirac lui avait lancé: « Ai-je intérêt à monter sur le Titanic ? »
Finalement Juppé avait posé ses conditions avant d'accepter le poste de Ministre des Affaires Etrangères. « Nicolas, il faut bien que tu te mettes bien dans la tête que je ne porterais pas ton cartable « avait insisté Juppé.
Sarkozy avait alors tout promis et, pour prouver sa bonne volonté, il avait nommé Guéant, accusé de mener en sous main main la politique étrangère depuis l'Elysée, Ministre de l'intérieur.
Hélas pour Juppé, il a vu apparaître des conseillers officieux en politique étrangère aussi nocifs que BHL pour la Libye ou des hurluberlus ( sur le plan diplomatique s'entend ! ) comme Aznavour sur l'Arménie et la Turquie.
Fallait il monter sur le Titanic ? Cette question, Alain Juppé a donné le sentiment, face à Hollande, de toujours se la poser...
Lorsque le terme « Sarko » lui a échappé alors qu'il parlait du chef de l'Etat, on a compris le degré de considération dans lequel il tient son « patron ».
Enfin ces mots dévastateurs et démobilisateurs quand Juppé a lâché à son adversaire: « On verra ce que vous ferez »... Sous-entendu, une fois à l'Elysée. Une erreur de débutant ? Pas le genre de la maison Juppé. Plutôt l'aveu chez ce pur politique que la partie est déjà pliée.

Chez Sarkozy la prestation de Juppé, comme les mauvais sondages, sont considérés comme des friandises. Souhaitant remobiliser ses troupes, le Président a réuni tous les élus de l'UMP à l'Elysée. Devant ses troupes médusées, il a lancé hilare : « Je suis le suicidaire le plus heureux de France «
Youpi !








