L'armée américaine dresse un tableau peu réaliste des progrès effectués par la coalition internationale en Afghanistan et dissimule les carences du gouvernement afghan, a accusé un officier américain à l'issue d'un séjour d'un an dans le pays.
Le lieutenant-colonel Daniel Davis a rompu les rangs avec la ligne officielle dans un article publié dans Armed Forces Journal, le journal des forces armées américaines, intitulé " Vérité, mensonges et Afghanistan : comment les chefs militaires nous ont déçus ".

" Ce que j'ai vu ne ressemblait en rien à la situation favorable sur le terrain décrite dans les communications officielles des chefs militaires américains ", dénonce-t-il. " J'ai au contraire constaté l'absence de succès à pratiquement tous les niveaux. "
Selon lui, les responsables locaux du gouvernement afghan ne remplissent pas leur mission auprès de la population et les forces afghanes rechignent à combattre l'insurrection, voire agissent en collusion avec les talibans.
Ses commentaires et anecdotes se retrouvent fréquemment dans les frustrations exprimées par les soldats de la coalition vis-à-vis de l'armée et de la police afghane.
" Combien de personnes doivent encore mourir pour une mission qui n'est pas une réussite et qui est masquée par les communiqués optimistes ", s'interroge-t-il. Le lieutenant-colonel Davis a fait part de son pessimisme à des membres du Congrès et rédigé une version classifiée de son article pour le Pentagone, selon le New York Times.
En rompant ainsi les rangs, l'officier s'attend à faire l'objet de représailles et à voir sa carrière compromise, selon le quotidien à qui il a confié qu'il allait " être atomisé ".
Interrogé par les journalistes, le porte-parole du Pentagone George Little ne s'est pas exprimé sur d'éventuelles sanctions, affirmant que le lieutenant-colonel Davis avait " manifestement le droit d'avoir son opinion ".
Les évaluations du Pentagone sur la situation en Afghanistan font l'objet d'une " analyse rigoureuse " fondée sur des sources multiples et ne s'appuient pas sur l'opinion d'un seul homme, a soutenu M. Little.
