Recherche
Login

ubiznews

Vous êtes ici: BIZ » Environnement »

LES DERNIERS ARTICLES BIZ

23 Février
Évaluer cet élément
(0 Votes)

Cameroun : Le massacre des éléphants.

 

 

 

Les braconniers sont revenus. Montés sur des chevaux ou des dromadaires, ces groupes originaires du Soudan et peut-être du Tchad, armés de kalachnikovs, écument la région de Bouba N'Djida, dans le nord du Cameroun.

Selon un bilan provisoire, établi vendredi 17 février par des observateurs sur le terrain, environ deux cents éléphants ont été massacrés depuis la mi-janvier.




massacre-63-elephants-avril-08-s



Les "braconniers soudanais" sont bien connus ici. Voici des années que, la saison sèche venue, ils pénètrent en toute impunité dans cette zone frontalière pour s'approvisionner en ivoire. 

"L'ivoire est exporté illégalement vers la Chine et d'autres pays d'Asie. Puis l'argent récolté finance l'achat d'armes qui serviront dans les conflits régionaux", explique Céline Sissler-Bienvenu, directrice française du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW).

Il sert aussi "simplement" à gonfler les comptes en banque de mafias organisées.


Mais, cette année, le massacre atteint une ampleur sans précédent. "Les éléphants de Centrafrique et du Tchad ont été décimés comme cela, et c'est ce qui est en train de se passer ici. Les braconniers pénètrent de plus en plus profond", constatePaul Bour, directeur du seul lodge installé à l'intérieur du parc national de Bouba N'Djida.


Le nombre d'éléphants vivant au Cameroun n'est pas connu précisément. Il oscillerait entre 1 000 et 5 000 individus, selon les chiffres de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) datant de 2007.

Moins d'un millier séjourneraient dans la zone de Bouba N'Djida, constituant l'une des dernières populations d'éléphants des savanes.


Le mode opératoire de ces bandes armées est bien rodé. Elles comptent jusqu'à une cinquantaine de personnes qui, une fois passée la frontière, se divisent en petits groupes de chasse.

Des bases de repli où elles bénéficient d'un soutien logistique seraient présentes au Tchad. Une fois au Cameroun, elles enrôlent les villageois. 

"Les animaux détruisent leurs champs, alors les paysans ne sont pas mécontents de ces opérations qui permettent de s'en débarrasser. D'autant que les braconniers leur laissent en contrepartie toute la viande. Il n'y a que les défenses qui les intéressent", explique M. Bour.


Le système prévu officiellement par le gouvernement pour indemniser les paysans des dégâts occasionnés par les éléphants est dans la réalité loin d'être effectif, l'argent ayant souvent été détourné avant d'atteindre les villages.


Un rapport, rédigé jeudi 16 février, témoigne de cette tacite complicité. Les cavaliers achètent "du mil dans les villages de Sinassi et de Gouna pour leurs chevaux, mais également de la farine de maïs, du thé et du sucre. (...) Il nous a également été rapporté qu'ils sont allés jusqu'à passer la nuit au village de Kouloungou au vu et au su de tout le monde", consigne l'auteur, Alain Nouredine, expert des aires protégées.


Selon un autre témoignage, "les cavaliers, qui ne mangent pas de viande de brousse, s'approvisionnent auprès des éleveurs nomades et utilisent leurs campements pour rester inaperçus".


Après le passage des cavaliers, la savane donne le spectacle d'une boucherie à ciel ouvert avec ses restes de cadavres dépecés.

Dans le parc de Bouba N'Djida, où les villageois ont interdiction de pénétrer, gisent les cadavres des animaux mutilés.

Avec leur fusil MAS 36, les sept rangers payés par le ministère des forêts et des aires protégées ne sont pas de taille à lutter. Trop dangereux. En 2010, deux sont morts...




Laurence Caramel




 

 

Ajouterun commentaire

Les champs (*) sont obligatoires.
Les codes HTML standards sont autorisés.

Tous les articles UBIZNEWS

Tous les contenus Ubiznews